Nous ressentons parfois une présence avant même de pouvoir l’expliquer.
Aura, énergie, intuition… et si l’essentiel n’était pas de nommer, mais d’observer ce que nous percevons ?
Quand nous ressentons avant de comprendre
Il nous est probablement déjà arrivé à tous de rencontrer quelqu’un et de ressentir presque immédiatement quelque chose.
Une présence apaisante. Une sensation de confiance. Une gêne difficile à expliquer. Parfois même, l’impression que l’atmosphère d’une pièce change lorsqu’une personne y entre.
Que percevons-nous réellement dans ces moments-là ?
Notre cerveau analyse en permanence une multitude d’informations : une posture, un regard, une voix, une respiration, des expressions presque imperceptibles. Une grande partie de ce processus échappe à notre conscience.
Mais certaines traditions proposent une autre lecture. Elles parlent d’énergie, d’aura ou de différents « corps subtils » qui entoureraient ou prolongeraient le corps physique.
Alors, faut-il nécessairement choisir entre ces deux regards ?
Peut-être pas.
L’aura : une réalité ou une manière de représenter l’invisible ?
Dans différentes traditions spirituelles et énergétiques, l’aura est décrite comme un champ entourant l’être humain.
Elle serait en relation avec différents aspects de la personne : le corps, les émotions, les pensées ou encore ce que certains nomment la dimension spirituelle de l’être.
Au fil du temps, de nombreuses représentations sont apparues. Certaines attribuent à l’aura plusieurs couches, d’autres des couleurs auxquelles sont associées des significations particulières.
Ces représentations peuvent constituer une grille de lecture intéressante.
Mais une grille de lecture n’est pas nécessairement une vérité.
Car dès que nous affirmons savoir exactement ce que signifie une couleur, une sensation ou une perception chez quelqu’un d’autre, une question apparaît :
Percevons-nous réellement l’autre… ou interprétons-nous ce que nous ressentons à travers nos propres croyances ?
Cette distinction me paraît essentielle.
Et les corps subtils ?
La notion de « corps subtils » repose sur l’idée que l’être humain ne se limiterait pas à son seul corps physique.
Selon les traditions et les enseignements, leur nombre, leur nom et leur fonction varient considérablement.
On rencontre par exemple les notions de corps éthérique, émotionnel ou astral, mental et parfois d’autres niveaux encore.
Il serait tentant d’en dresser une cartographie très précise et d’expliquer le rôle de chacun.
Mais cette précision peut donner l’impression que nous décrivons une anatomie comparable à celle du corps physique.
Or ce n’est pas le cas.
À ce jour, l’existence de ces différents corps tels qu’ils sont décrits dans les traditions énergétiques n’est pas établie scientifiquement.
Cela signifie-t-il qu’il faut rejeter toutes les expériences auxquelles ces concepts tentent de donner du sens ?
Je ne le pense pas davantage.
Entre croire systématiquement et rejeter systématiquement, il existe peut-être une troisième possibilité :
observer.
Ressentir sans immédiatement interpréter
C’est probablement l’un des apprentissages qui me paraît aujourd’hui le plus important dans les pratiques énergétiques.
Lorsque nous posons nos mains près du corps d’une personne, lorsque nous entrons dans un lieu ou simplement lorsque nous sommes en présence de quelqu’un, nous pouvons parfois ressentir quelque chose.
De la chaleur.
Du froid.
Des picotements.
Une sensation de densité ou, au contraire, de légèreté.
Une émotion inattendue.
Parfois rien du tout.
Le ressenti existe pour celui qui le vit. Mais son interprétation constitue une deuxième étape.
Et c’est là que la prudence devient importante.
Ressentir une chaleur ne signifie pas nécessairement que nous savons pourquoi elle est là. Éprouver une émotion en présence de quelqu’un ne signifie pas automatiquement qu’elle lui appartient.
Nous pouvons accueillir une perception sans immédiatement construire une histoire autour d’elle.
Je ressens quelque chose. Je peux l’observer. Je n’ai pas nécessairement besoin de prétendre savoir ce que c’est.
Cette position peut sembler moins spectaculaire.
Elle me paraît pourtant beaucoup plus respectueuse.
Notre perception est aussi une rencontre
Lorsque deux personnes se rencontrent, ce ne sont pas seulement deux corps qui se trouvent dans une même pièce.
Deux histoires se rencontrent également.
Deux sensibilités.
Deux façons d’observer le monde.
Deux mémoires.
Deux états émotionnels du moment.
Ce que je ressens face à quelqu’un parle peut-être de cette personne.
Mais cela peut aussi parler de moi.
Une attitude peut inconsciemment me rappeler quelqu’un. Une voix peut réveiller une émotion ancienne. Une situation peut entrer en résonance avec ma propre histoire.
C’est pourquoi je me méfie des affirmations du type :
« Ton aura me dit que… »
ou
« Je ressens cette énergie chez toi, donc cela signifie que… »
Une perception ne devrait jamais devenir un pouvoir exercé sur l’autre.
Elle peut ouvrir une question.
Elle ne devrait pas enfermer quelqu’un dans une réponse.
Alors, l’aura existe-t-elle ?
Je pourrais terminer cet article en essayant d’apporter une réponse.
Mais ce serait finalement contraire à son intention.
Je pratique et m’intéresse depuis longtemps à différentes approches énergétiques. Certaines expériences m’ont interrogé, d’autres surpris, et certaines restent encore aujourd’hui difficiles à expliquer.
Je pourrais choisir d’y voir la preuve de quelque chose.
Je préfère y voir une invitation à continuer d’observer.
Peut-être existe-t-il des dimensions de notre perception que nous comprenons encore mal.
Peut-être notre cerveau est-il capable de saisir inconsciemment bien davantage d’informations que nous ne l’imaginons.
Peut-être les deux propositions ne sont-elles d’ailleurs pas totalement incompatibles.
Je n’ai pas besoin de trancher pour reconnaître la valeur d’une expérience.
Garder la porte ouverte
La spiritualité peut parfois nous pousser à chercher des réponses à tout.
À nommer.
À classer.
À expliquer l’invisible.
Mais accepter de dire « je ne sais pas » peut aussi être une forme de liberté.
Je peux ressentir sans transformer mon ressenti en vérité.
Je peux explorer une tradition sans devoir adhérer à tout ce qu’elle affirme.
Je peux vivre une expérience étrange sans chercher immédiatement à la prouver ou à la rejeter.
Et surtout, je peux laisser à l’autre la liberté de donner lui-même du sens à ce qu’il vit.
Peut-être est-ce finalement cela qui m’intéresse le plus lorsque nous parlons d’aura, d’énergie ou de corps subtils :
non pas obtenir une nouvelle certitude sur l’invisible, mais apprendre à regarder autrement ce que nous ne comprenons pas encore.


