Lorsque nous ne savons plus quoi faire, notre premier réflexe est souvent de chercher une réponse.
Un conseil.
Un avis.
Un livre.
Une méthode.
Un thérapeute.
Un tirage de cartes.
Parfois même un signe qui nous dirait enfin quelle direction prendre.
Mais à force de chercher à l’extérieur, ne risquons-nous pas d’oublier d’écouter celui qui devra finalement vivre avec la décision : nous-mêmes ?
Ou encore de penser agir pour le bien d’une personne… alors que nous avons progressivement commencé à décider à sa place.
Victime. Sauveur. Persécuteur.
Trois positions relationnelles dans lesquelles nous pouvons tous entrer.
Et parfois passer de l’une à l’autre sans même nous en rendre compte.
Nous cherchons naturellement des repères
Il n’y a rien d’anormal à demander conseil.
Depuis toujours, nous apprenons auprès des autres.
Nous échangeons.
Nous observons.
Nous comparons nos expériences.
Lorsque nous sommes confrontés à une situation nouvelle ou difficile, chercher un regard extérieur peut être extrêmement précieux.
Un proche peut voir quelque chose qui nous échappe.
Un professionnel peut nous apporter des connaissances que nous ne possédons pas.
Un livre peut mettre des mots sur une expérience que nous ne parvenions pas à comprendre.
Une pratique peut ouvrir une piste à laquelle nous n’avions jamais pensé.
Le problème n’est donc pas de chercher à l’extérieur.
Il commence peut-être lorsque
la réponse extérieure devient plus importante que notre propre discernement.
« Dis-moi ce que je dois faire »
Cette phrase peut prendre de nombreuses formes.
« À ta place, tu ferais quoi ? »
« Est-ce que je dois rester ? »
« Est-ce que je dois partir ? »
« Est-ce que cette personne est faite pour moi ? »
« Est-ce que je prends la bonne décision ? »
« Qu’est-ce que les cartes disent ? »
« Qu’est-ce que tu ressens pour moi ? »
Derrière toutes ces questions existe souvent un besoin parfaitement compréhensible :
être rassuré.
Choisir implique toujours une part d’incertitude.
Même lorsque nous avons longuement réfléchi.
Nous pouvons nous tromper.
Nous pouvons regretter.
Nous pouvons découvrir plus tard que la situation était différente de ce que nous imaginions.
Alors, si quelqu’un pouvait nous donner la bonne réponse…
cela nous soulagerait peut-être.
La difficulté n’est pas toujours de ne pas savoir
Parfois, au fond de nous, nous savons déjà quelque chose.
Nous savons qu’une situation ne nous convient plus.
Qu’une relation nous épuise.
Qu’un projet nous attire.
Qu’une limite devrait être posée.
Qu’un changement devient nécessaire.
Mais reconnaître ce que nous savons implique parfois d’en accepter les conséquences.
Et c’est là que les choses deviennent difficiles.
Nous pouvons alors multiplier les avis.
Demander à une personne.
Puis à une deuxième.
Puis à une troisième.
Jusqu’à trouver celle qui nous donnera la réponse que nous espérions entendre.
Dans ce cas, peut-être ne cherchons-nous plus vraiment une réponse.
Nous cherchons une autorisation.
Pourquoi la réponse de l’autre nous rassure-t-elle autant ?
Parce qu’elle semble parfois nous débarrasser d’une partie de la responsabilité.
Si quelqu’un me dit :
« Tu devrais partir. »
et que je pars…
je peux avoir l’impression que je ne suis plus tout à fait seul responsable de ce choix.
Si quelqu’un me dit :
« Cette relation va fonctionner. »
je peux m’accrocher à cette certitude lorsque le doute apparaît.
Si une méthode me dit exactement ce que je dois faire, je n’ai plus besoin d’affronter l’inconfort de choisir.
Cette tentation est profondément humaine.
Mais elle possède un prix.
À force de chercher quelqu’un qui sache à notre place, nous pouvons progressivement perdre confiance dans notre propre capacité à décider.
Quand le conseil devient une permission
Nous avons parfois appris très tôt à demander la permission.
Est-ce bien ?
Est-ce mal ?
Est-ce acceptable ?
Est-ce que je vais décevoir quelqu’un ?
Est-ce que les autres comprendront ?
Nous pouvons devenir adultes tout en continuant intérieurement à chercher cette validation.
Nos parents ne sont plus nécessairement ceux à qui nous demandons.
Nous les remplaçons parfois par :
un conjoint,
un ami,
un supérieur,
un praticien,
un enseignant,
un auteur,
une méthode,
ou une croyance.
La forme change.
Mais la question peut rester la même :
« Ai-je le droit de choisir cela pour moi ? »
Et si plusieurs personnes nous donnent des réponses différentes ?
C’est souvent là que nous découvrons les limites de la recherche extérieure.
Nous demandons conseil à trois personnes.
La première nous dit de foncer.
La deuxième de patienter.
La troisième de renoncer.
Qui a raison ?
Chacune regarde notre situation à travers sa propre histoire.
Ses valeurs.
Ses peurs.
Ses expériences.
Sa manière de voir le monde.
Même avec les meilleures intentions, personne ne peut complètement sortir de ce filtre.
Un conseil n’est donc jamais totalement neutre.
Et c’est normal.
Le problème apparaît seulement lorsque nous oublions que
celui qui conseille n’est pas celui qui vivra notre décision.
Les personnes qui nous aiment peuvent aussi projeter leurs peurs
L’amour ne garantit pas toujours la justesse d’un conseil.
Un parent peut nous déconseiller un projet parce qu’il a peur que nous échouions.
Un ami peut nous encourager à quitter une relation parce qu’il se reconnaît dans notre histoire.
Un proche peut vouloir nous protéger de quelque chose qu’il n’aurait lui-même jamais osé faire.
Cela ne signifie pas que leur avis ne vaut rien.
Au contraire.
Il peut être précieux.
Mais peut-être devons-nous apprendre à entendre :
« Voilà ce que cette personne pense »
sans transformer immédiatement cette phrase en :
« Voilà ce que je dois faire. »
Et les professionnels ?
La question devient encore plus importante lorsque nous consultons quelqu’un que nous considérons comme compétent.
Un thérapeute.
Un coach.
Un praticien.
Un médecin dans son domaine.
Un conseiller.
Un enseignant.
Nous pouvons naturellement lui attribuer une forme d’autorité.
Et cette autorité peut être utile lorsqu’elle repose sur une compétence réelle.
Mais même un professionnel ne devrait pas prendre toutes nos décisions à notre place.
Il peut informer.
Expliquer.
Faire apparaître différentes possibilités.
Nous aider à comprendre certaines conséquences.
Mais il existe une frontière importante entre
accompagner une décision et décider pour quelqu’un.
La spiritualité peut elle aussi devenir une autorité extérieure
C’est peut-être moins évident.
Nous pouvons chercher notre réponse dans un tirage.
Un pendule.
Une synchronicité.
Un rêve.
Une intuition.
Un signe.
Une consultation.
Ces expériences peuvent être intéressantes.
Elles peuvent nous faire réfléchir.
Parfois profondément.
Mais si nous finissons par ne plus prendre aucune décision sans demander confirmation à quelque chose d’extérieur, une question mérite peut-être d’être posée :
Est-ce encore un outil qui m’aide à devenir plus libre…
ou
suis-je en train de lui remettre progressivement mon pouvoir de choisir ?
« L’univers m’a envoyé un signe »
Il nous arrive parfois de vivre une coïncidence qui semble particulièrement juste.
Nous pensons à quelqu’un et il téléphone.
Nous hésitons sur une décision puis rencontrons une phrase qui semble répondre exactement à notre question.
Nous voyons plusieurs fois le même nombre.
Une rencontre arrive à un moment inattendu.
Nous pouvons appeler cela synchronicité.
Hasard.
Intuition.
Attention sélective.
Ou autre chose.
Peut-être n’est-il pas toujours nécessaire de trancher.
Mais même lorsqu’un événement prend énormément de sens pour nous, il peut rester une invitation à réfléchir, plutôt qu’un ordre.
Un signe ne conduit pas la voiture à notre place.
Pourquoi avons-nous parfois si peu confiance dans notre propre ressenti ?
Parce que notre ressenti n’est pas toujours clair.
Nous pouvons vouloir deux choses contradictoires.
Aimer quelqu’un et vouloir partir.
Avoir peur d’un changement et le désirer en même temps.
Sentir qu’un projet nous attire tout en sachant qu’il comporte des risques.
Nos émotions ne donnent donc pas toujours une réponse simple.
Et c’est justement pour cela que revenir à soi ne signifie pas :
« Faire tout ce que je ressens immédiatement. »
Ce serait une autre simplification.
Nous avons besoin de notre ressenti.
Mais aussi de réflexion.
D’informations.
De temps.
Parfois de conseils.
Et de réalité.
Le discernement naît probablement de la rencontre entre toutes ces dimensions.
Écouter son intuition ne signifie pas renoncer à réfléchir
L’intuition est parfois présentée comme une voix intérieure qui posséderait toujours la bonne réponse.
Je serais plus prudent.
Nous pouvons avoir une intuition très juste.
Mais nous pouvons également confondre intuition et peur.
Désir.
Projection.
Habitude.
Préjugé.
C’est pourquoi écouter son ressenti ne signifie pas lui obéir aveuglément.
Nous pouvons demander :
Qu’est-ce que je ressens ?
Puis :
Pourquoi est-ce que je pourrais ressentir cela ?
Et enfin :
Qu’est-ce que les faits me montrent ?
Ces trois questions peuvent parfois nous éviter beaucoup de confusion.
Être accompagné ne signifie pas abandonner son discernement
Nous pouvons demander de l’aide.
Et heureusement.
Il existe des périodes où nous avons besoin d’un autre regard.
Parfois même de quelqu’un qui nous aide à remettre de l’ordre lorsque tout semble confus.
Mais un accompagnement devrait idéalement nous rendre progressivement plus capables de nous écouter et de décider, pas moins.
Si nous devons constamment revenir vers quelqu’un pour savoir :
quoi penser,
quoi ressentir,
quoi choisir,
alors quelque chose mérite peut-être d’être interrogé.
Un accompagnement peut devenir une béquille.
Or une béquille peut être utile pendant un temps.
Elle n’est simplement pas destinée à remplacer définitivement nos jambes.
Le praticien n’est pas celui qui possède notre vérité
Cette idée est fondamentale dans ma manière de voir l’accompagnement.
Une personne peut me raconter son histoire.
Je peux percevoir certaines choses.
Faire des liens.
Avoir une intuition.
Proposer une question.
Mais je ne suis pas à l’intérieur d’elle.
Je ne connais pas tout de son histoire.
Et je ne vivrai pas les conséquences de ses choix.
Je peux donc dire :
« Voici ce que cela m’évoque. »
Mais je me méfie davantage de :
« Voilà ce que vous devez faire. »
La différence peut sembler petite.
Elle est immense.
Peut-être avons-nous besoin de plusieurs GPS
J’aime beaucoup cette image.
Lorsque nous voyageons, un GPS peut nous proposer un itinéraire.
Il peut nous dire :
« Ce chemin semble plus rapide. »
Une deuxième application pourra en proposer un autre.
Un habitant de la région nous dira peut-être :
« Moi, je passerais plutôt par là. »
Nous disposons alors de plusieurs informations.
Mais à la fin, nous choisissons la route.
C’est peut-être ainsi que nous pouvons considérer les conseils, les pratiques et les accompagnements.
Comme des cartes possibles.
Pas comme des conducteurs.
Et si nous nous trompons ?
Voilà probablement l’une des raisons principales pour lesquelles nous cherchons une certitude extérieure.
Nous avons peur de prendre la mauvaise décision.
Mais certaines décisions ne révèlent leur sens qu’après avoir été vécues.
Nous pouvons choisir quelque chose avec sincérité et découvrir ensuite que ce n’était pas ce que nous imaginions.
Cela signifie-t-il que nous avions échoué ?
Pas nécessairement.
Peut-être avons-nous appris quelque chose.
Peut-être avons-nous découvert une limite.
Un besoin.
Une capacité.
Une direction différente.
La liberté implique aussi le droit de nous tromper.
Sans cela, nous ne choisirions jamais réellement.
Nous chercherions seulement quelqu’un capable de nous garantir le résultat.
Une décision peut être juste aujourd’hui et différente demain
Nous cherchons parfois « la bonne réponse » comme si elle devait être valable pour toujours.
Mais nous changeons.
Notre situation change.
Nos besoins aussi.
Une décision adaptée à vingt ans ne l’est peut-être plus à quarante.
Une relation qui nous faisait grandir peut ne plus nous convenir plusieurs années plus tard.
Une croyance importante à une période de notre vie peut perdre son sens.
Changer d’avis n’est pas nécessairement se contredire.
Cela peut aussi signifier que nous avons évolué.
Revenir à soi ne signifie pas s’isoler
Il existe un autre piège.
Celui de transformer l’autonomie en :
« Je n’ai besoin de personne. »
Je ne crois pas que ce soit souhaitable.
Nous sommes des êtres de relation.
Nous apprenons les uns des autres.
Nous pouvons avoir besoin d’aide.
De soutien.
D’expertise.
D’un regard extérieur.
La souveraineté n’est pas l’autosuffisance.
Elle consiste peut-être simplement à pouvoir recevoir ce que l’autre nous apporte sans lui céder automatiquement la décision finale.
Quelques questions avant de demander une réponse
Lorsque nous nous sentons perdus, nous pouvons parfois prendre quelques instants avant de demander :
« Que dois-je faire ? »
Et nous poser d’abord quelques questions.
Qu’est-ce que je sais déjà de cette situation ?
Qu’est-ce qui me fait peur ?
Qu’est-ce que j’aimerais entendre ?
Qu’est-ce qui dépend réellement de moi ?
Quelle décision prendrais-je si personne ne pouvait me juger ?
Est-ce que je cherche un conseil… ou une permission ?
Les réponses ne viennent pas toujours immédiatement.
Mais parfois, la question elle-même crée déjà un espace différent.
Peut-être que nous savons moins que nous le voudrions… mais davantage que nous le croyons
Nous n’avons pas toutes les réponses en nous.
Cette idée serait elle aussi excessive.
Nous avons besoin d’apprendre.
De nous informer.
De rencontrer les autres.
De reconnaître ce que nous ignorons.
Mais nous possédons quelque chose qu’aucun expert ne possède complètement à notre place :
notre expérience de nous-mêmes.
Nos valeurs.
Nos limites.
Notre histoire.
Nos aspirations.
Notre manière intime de ressentir une situation.
Toutes ces informations méritent une place dans nos décisions.
Chercher dehors, puis revenir dedans
Peut-être que l’équilibre se trouve là.
Nous pouvons aller chercher dehors.
Lire.
Demander.
Écouter.
Explorer.
Recevoir un soin.
Faire un tirage.
Consulter quelqu’un.
Apprendre une méthode.
Puis revenir à nous.
Et demander :
« Qu’est-ce que je fais de tout cela ? »
Parce qu’une information ne devient réellement utile que lorsqu’elle rencontre notre propre discernement.
La réponse n’est peut-être pas toujours une réponse
Parfois, après tout ce travail, nous ne savons toujours pas.
Et c’est peut-être acceptable.
Nous pouvons rester quelques jours dans l’incertitude.
Laisser une question ouverte.
Observer ce qui évolue.
Toutes les décisions n’ont pas besoin d’être prises immédiatement.
Nous avons appris à considérer l’incertitude comme quelque chose qu’il faudrait éliminer.
Mais elle peut aussi être un espace où quelque chose mûrit.
Retrouver sa souveraineté
Pour moi,
retrouver sa souveraineté ne signifie donc pas arrêter de demander conseil.
Cela signifie ne plus abandonner systématiquement à quelqu’un d’autre le dernier mot sur notre propre vie.
Écouter les autres.
Respecter leur expérience.
Accueillir ce qu’ils peuvent nous apporter.
Puis retrouver suffisamment de silence intérieur pour entendre également notre propre voix.
Parce qu’au bout du compte, il existera toujours une décision que personne ne pourra prendre complètement à notre place :
celle de la manière dont nous voulons vivre ce qui nous arrive.
Peut-être que la question n’est donc pas de savoir si nous devons chercher les réponses à l’extérieur ou à l’intérieur.
Mais d’apprendre à faire circuler les deux.
Aller chercher dehors ce qui peut nous éclairer, puis revenir en nous pour décider ce qui mérite réellement de devenir notre chemin.


